25 Juin Chopin et les passions romantiques

Compte-rendu 3e week-end
Chopin et les passions romantiques
Correspondance « fantôme »
Samedi 20 juin, Thierry Bodin, expert en manuscrits autographes, est invité par Jean-Yves Clément, le conseiller musical et littéraire du festival, à donner une conférence sur la correspondance « fantôme » entre Frédéric Chopin et George Sand. En effet, après moultes péripéties menant aux confins de la Silésie, ces lettres ont été détruites par l’écrivaine elle-même, un autodafé regrettable dont ne resteront que quelques « restes » : 22 lettres de Frédéric à George et 5 lettres de George à Chip-Chip, évoquant essentiellement des détails de la vie quotidienne. L’idylle entre les deux artistes se gâtera en 1847. Le mariage de Solange, la fille de George avec Clésinger entraînera l’éclatement du couple Sand-Chopin. Ce dernier ayant pris la défense de Solange, George ne lui pardonnera pas cette trahison. « Aucune bataille entre nous, aucune scène… ce sont les autres qui nous ont brouillés » écrira-t-elle plus tard, à propos de la rupture avec son « autre moi-même » qui recevra une lettre radicale : « Adieu, mon ami, que vous guérissiez vite de tous maux et je remercierai Dieu de ce bizarre dénouement de neuf années d’amitié exclusive. Donnez-moi quelquefois de vos nouvelles. Il est inutile de jamais revenir sur le reste. » Le point final à un couple de génies.
Ad astra
Avant le grand récital du soir, Yves Henry, le président du festival, présente la spationaute Claudie Haigneré, marraine de ce troisième week-end. Rendant hommage à George Sand, la première femme française et européenne à être allée dans l’espace, notamment en mission sur la Station Spatiale Internationale, évoque l’écrivaine comme « une pionnière d’une modernité et d’une curiosité incroyables qui en repoussant les limites de son temps, a ouvert la voie dans une multiplicité de domaines ; elle s’est intéressée aux sciences de la terre et aurait certainement fait de même pour l’aventure spatiale si cela avait été de son temps. » Claudie Haigneré admire « le chemin qu’elle s’est construit et l’aide qu’elle aura certainement apportée aux artistes qu’elle a côtoyés pour aller plus loin dans leurs œuvres ». Évoquant des missions spatiales « au rythme technologique très dense », la spationaute explique avoir ménagé 90 minutes (le temps de la Station pour faire le tour de la terre) pour écouter de la musique dont Casta Diva interprétée par Maria Callas, un choix qu’aurait approuvé Chopin admirateur de Bellini ; une sensation tout à fait particulière car par-delà la magie du paysage, « l’on devient en apesanteur uniquement des yeux et des oreilles ». Une expérience unique et quasi divine !
De Nohant à la Porte de Kiev
La pianiste Momo Kodama propose un récital Chopin et Moussorgski. Jouant sur les scènes les plus prestigieuses auprès d’orchestres de renommée mondiale, l’artiste est très attendue par le public de Nohant. Après une suite de Mazurkas, ce seront la Sonate n° 3 et le Nocturne n° 2 op. 9 de Chopin, puis Les Tableaux d’une exposition de Moussorgski. Sans fioriture inutile, elle donne une interprétation remarquablement chantante de la Sonate de Chopin composée à Nohant. Remarquables eux aussi, les Tableaux d’une exposition qui éclateront en multiples contrastes, nuances et tempi, sous les doigts de la pianiste qui ménage avec art les surprises de la partition. L’œuvre avance jusqu’à la Grande Porte de Kiev éclatante et illuminée de son carillon des cloches. Séduit par le jeu de l’artiste, le public est aux anges. En bis, la pianiste donnera Oiseaux tristes extrait des Miroirs de Maurice Ravel puis La Rêverie extraite des Scènes d’enfant de Robert Schumann.
Bravoure polonaise
Dimanche matin, le traditionnel tremplin-découverte accueille Antoni Kleczek, un jeune pianiste polonais de 19 ans. Jean-Yves Clément présente le programme où le public entendra des pages de Brahms, « une aubaine en ce jour caniculaire, le hambourgeois Brahms apportera quelques souffles de fraicheur ». Ce seront ainsi les Variations sur un thème de Paganini « un compositeur qui a influencé entre autres Liszt, Schumann, Rachmaninov, en leur montrant comment s’affranchir des limites d’un instrument ». Des variations dont la pianiste virtuose Clara Schumann ne voulut pas, les traitant de « variations de sorcière » à l’instar de la Sonate en si mineur de Liszt qu’elle bouda également. « Elle était formidable mais elle s’est trompée quelquefois », décoche Jean-Yves Clément, toujours prêt au coup de griffe quand on attaque son cher Franz ; des variations qui feront a contrario les délices de l’auditorium sous les doigts du jeune Antoni Kleczek qui engage avec audace son récital de 11 heures (horaire inhabituel pour les pianistes) avec cette œuvre terrible. Puis ce sera l’Intermezzo n° 2 op. 118 du même Brahms avant « un grand lot de pièces composées à Nohant par Chopin qui produisit en ce modeste lieu environ 50 chefs-d’œuvre entre 1839 et 1846 ». Le public écoutera ainsi les Mazurkas op. 50, le Nocturne n° 2 op. 55, la Ballade n° 4 et en conclusion un véritable hymne guerrier, la Polonaise héroïque op. 53. Saluons l’interprétation profonde d’un jeune artiste prometteur émerveillé par Nohant et le prestigieux cortège de pianistes qui l’ont précédé au festival depuis sa création. Une source d’inspiration unique qui consolidera certainement son indéniable talent. En bis, le jeune artiste donnera la Valse op. 38 de Scriabine et Le Menuet du compositeur polonais Padarewski .
Sommet musical
L’après-midi, deux immenses artistes français réunis en duo, Henri Demarquette et Jean-Frédéric Neuburger, interprèteront des chefs d’œuvre du répertoire chambriste pour piano et violoncelle : le Grand duo concertant en mi majeur sur des thèmes de Robert Le Diable de Chopin/Franchomme et la Sonate en sol mineur op. 65 de Chopin, une œuvre testamentaire et visionnaire. Puis ce seront deux Élégies de Franz Liszt, suivies de la Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur op. 19 de Rachmaninov, inspirée en partie par celle de Chopin. Un programme d’une richesse inouïe interprété par un duo d’artistes d’égal talent et complémentaires, alliant à la poésie du violoncelle d’Henri Demarquette la virtuosité rigoureuse et puissante de Jean-Frédéric Neuburger. Le public acclame les deux artistes qui lui donneront en bis la pièce Vocalises de Rachmaninov et une pièce solaire et diablement rythmée extraite de La Vie brève de Manuel De Falla.






