Chopin et l’exil romantique

L’exil est une sorte de mal qui frappe nombre de créateurs du XIXe siècle, sous deux formes souvent complémentaires. Il y a d’abord l’exil intérieur, dont Beethoven proche de la surdité se fera une fois pour toutes le héraut : « presque absolument seul, ce n’est que lorsque la plus haute nécessité l’exige qu’il m’est permis de me mêler aux autres hommes, je dois vivre comme un exilé ». Celui-ci se confond avec le sentiment de déréliction que ressentiront la plupart des compositeurs ou écrivains de cette époque — Schubert, Schumann, mais également Musset, Lamartine, et d’autres encore.
Cette exaltation de la solitude si typiquement romantique rejoint et alimente les exils « extérieurs » bien réels que connurent chacun à leur façon, pour des raisons différentes, politiques ou autres, les génies du temps : Hugo, Wagner, Chateaubriand, Berlioz ou Liszt… Exils ou appels au voyage lui-même, si en vogue au début du siècle — pensons à Chopin et Sand à Majorque ! —, qui peuvent eux aussi s’assimiler à ces déracinements subis ou volontaires.
Des formes de l’exil que Chopin connaîtra, depuis son départ de Varsovie jusqu’à la déchirure ultime de Nohant, en passant par les errances de Vienne ou Stuttgart. Le départ de Nohant représentera pour Chopin la perte de la langue musicale, et donc de la patrie essentielle ; exil définitif qui le conduira à la mort.
Autant d’aspects qui rythmeront cette 53e édition au travers de ses multiples concerts, spectacles ou causeries diverses, donnés par des artistes prestigieux : Nelson Freire, Gautier Capuçon, Francesco Piemontesi, Fazil Say, Christian Zacharias, Andreas Staier, Beatrice Rana ; Nicolai Lugansky … Pour un romantisme toujours vivant !
Jean-Yves Clément, conseillé musical et littéraire