Echappée belle au Château d’Ars

Dernière étape de l’édition spéciale « Jeunes Talents » du Festival, La Nuit Chopin qui s’est tenue du 16 au 18 octobre, a remporté un grand succès. En hommage au compositeur décédé dans la nuit du 16 au 17 octobre 1849, le public a partagé, dans le cadre enchanteur du Château d’Ars et, nouveauté cette année, durant tout un week-end, une parenthèse musicale et littéraire très appréciée en cette période.

Vendredi soir, le public a assisté à un beau moment d’authenticité romantique délivré par trois jeunes pianistes, Gaspard Dehaene, Diana Cooper et Aude-Liesse. Tour à tour, ils ont apprivoisé avec brio le piano Pleyel 1846 identique à celui dont Chopin disposait, afin d’y délivrer, au plus près des sonorités voulues par le compositeur, quelques-unes de ses plus belles pages. Nous retiendrons entre autres le jeu élégant et sensible de Gaspard Dehaene dans la Ballade n° 4, la fluidité gracieuse des phrasés de Diana Cooper interprétant in extenso le Concerto n° 1 de Chopin, accompagnée sur un pianino Pleyel par Yves Henry, plus homme-orchestre que jamais, et la ferveur engagée d’Aude-Liesse Michel dans la Grande Polonaise Brillante.

Samedi matin, Aude-Liesse Michel était l’élève d’Yves Henry lors d’une masterclasse publique très suivie consacrée à l’interprétation de deux Mazurkas de Chopin. Sous la direction d’un maître en la matière puisque le président du Festival en a enregistré l’intégralité, l’exercice a mis en exergue la richesse thématique de ces compositions mais aussi le travail minutieux de l’interprète pour transcrire au piano la précision quasi quantique des partitions chopiniennes. Une démonstration à laquelle la jeune pianiste s’est prêtée avec talent.

Le soir, le public retrouvait sur scène les comédiens Marie Denarnaud et Alain Carré, la violoncelliste Astrig Siranossian et Yves Henry, au piano pour un spectacle littéraire et musical. Excellemment interprétées par les deux acteurs, les lettres de Chopin et Sand faisaient revivre l’intimité des deux artistes à Nohant, les états d’âme tourmentés du compositeur, l’attention maniaque portée à ses partitions, ses tracas financiers, son humour aussi, auxquels répondait le soin maternel de l’écrivaine pour celui qu’elle surnomme « le petit ». Deux moments d’émotion concluaient la soirée : l’interprétation par Astrig Siranossian et Yves Henry de la Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur, op. 65, une des dernières œuvres composées par Chopin à Nohant, et la lecture par Marie Denarnaud du témoignage de Solange Clésinger, la fille mal aimée de George Sand, qui a assisté aux derniers moments du compositeur dont elle fait un portrait extrêmement touchant.

Dimanche, sous prétexte du voyage à Majorque du couple Sand-Chopin, le public était invité à un brunch musical d’inspiration espagnole en compagnie du guitariste Emmanuel Rossfelder, d’Astrig Siranossian, d’Yves Henry et d’Alain Carré. Nous retiendrons de cette escapade ensoleillée les interprétations des pièces virtuoses pour guitare d’Augustin Barrios Mangoré, un compositeur paraguayen féru de musique européenne, le Concerto d’Aranjuez de Rodrigo transcrit pour guitare et piano, ainsi que l’Ave Maria d’Astor Piazzola transcrit également pour guitare et violoncelle.

En conclusion du week-end, le public applaudissait longuement un air que Chopin aimait tout particulièrement, l’émouvant Casta Diva de Bellini, transcrit pour violoncelle et piano.



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