La gloire des artistes et du public

C’est dans les périodes difficiles que l’on compte ses amis. Et les amis du Nohant Festival Chopin étaient nombreux à se retrouver avec émotion et plaisir au Domaine de George Sand (Centre des monuments nationaux) à Nohant pour assister le dimanche 23 août à la réouverture de l’auditorium Frédéric Chopin. « Le Nohant Festival Chopin nous a manqué », ont-ils dit aux organisateurs.

En effet, à l’instar de la plupart des événements du spectacle « vivant », le Festival a été contraint d’annuler une 54e édition pourtant prometteuse. Les choses auraient pu rester en l’état mais c’était sans compter sur l’immarcescible énergie passionnée de son président Yves Henry qui, soutenu par son équipe et ses partenaires, a profité de l’éclaircie sanitaire pour organiser une « session de rattrapage » dédiée aux jeunes artistes, empêchés cette année de se produire au Festival. Plusieurs tremplins-découvertes et récitals se tiendront ainsi à Nohant et dans différents sites patrimoniaux du département, chaque week-end, jusqu’au 13 septembre, suivis de la Nuit Chopin en octobre.

« Votre âme est un paysage choisi que vont charmant masques et bergamasques », c’est par cette adresse circonstancielle et malicieuse au public que Jean-Yves Clément, a initié une présentation, à son habitude érudite, du récital de Clément Lefebvre, en en soulignant l’inspiration chopinienne : les Valses nobles et sentimentales de Ravel, grand admirateur de Chopin ; puis le Nocturne n° 6 en ré bémol majeur, op. 63 de Fauré, un genre créé par le compositeur, suivi du Prélude n° 15 en ré bémol majeur, op. 28 et de la 3e Ballade en la bémol majeur, op. 47 du Maître en personne et, en finale, Après une lecture du Dante, une œuvre de Liszt, à la fois ami et admirateur du compositeur.

Primé lors du dernier Concours Long-Thibaud, Clément Lefebvre a enchanté le public grâce à son jeu élégant et poétique dans la première partie puis à son interprétation impressionnante du Dante de Liszt, une des œuvres les plus difficiles du répertoire. Des frissons de l’enfer aux joies du paradis, le jeune pianiste a entraîné le public dans un voyage extatique. Pour terminer, deux bis, extraits d’une Suite de Rameau, redonnaient une connotation terrienne à ce programme d’une remarquable densité artistique et émotionnelle.

Le dimanche après-midi, le Nohant Festival Chopin a fait le mur. Après le diable lisztien du matin, les 24 anges musiciens des vitraux de la collégiale de Mézières-en-Brenne (une rareté !) ont accueilli la jeune pianiste Diana Cooper pour un florilège Chopin. Les heureux élus admis dans l’église (les organisateurs ont dû refuser du public en raison des conditions sanitaires) n’ont pas boudé leur plaisir, allant jusqu’à offrir une standing ovation bien méritée à la jeune pianiste, séduits qu’ils ont été par la grâce et la simplicité d’une déjà grande professionnelle malgré son jeune âge. Rappelons que Diana Cooper est présélectionnée pour le prestigieux Concours international Frédéric Chopin de Varsovie (reporté lui aussi en 2021) et qu’elle sera en récital à l’auditorium de Nohant le dimanche 30 août à 11 heures, un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte.

Pour conclure, avis aux mélomanes : sans la passion de ces jeunes artistes qui font vivre le répertoire malgré des circonstances difficiles et sans un public pour les soutenir, la musique dite classique deviendra langue morte. Alors éteignons nos ordinateurs et ouvrons grand nos oreilles et nos cœurs ! Et tous au concert ! Masqués bien sûr !



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