18 Juin Le grand romantisme Julia Varady, la femme musique

Compte-rendu 2e week-end
Le grand romantisme
Julia Varady, la femme musique
Samedi 13 juin, en ouverture du 2e week-end du festival dont la programmation est majoritairement féminine cette année en hommage à George Sand, le réalisateur Bruno Monsaingeon est invité par Jean-Yves Clément à présenter son documentaire sur une artiste paradoxalement peu connue : la cantatrice Julia Varady. Synthèse, selon le cinéaste, des deux plus belles voix du siècle, Callas pour la dramaturgie et Schwarzkopf pour le raffinement, Julia Varady, d’origine hongroise et vivant en Roumanie, s’exile en Allemagne où elle rencontre celui qui deviendra son mari : Dietrich Fiescher Diskau. Épouse du ténor du siècle qui sera « son superviseur de chant », cette femme « intense » à la présence et au timbre inoubliables se considère « comme une servante de la musique ». Elle interprètera les plus grands rôles soprano de Mozart, Verdi et Wagner sur les scènes les plus prestigieuses. Dramaturge hors pair, « chaque rôle la consume par les deux bouts », exigeante, « le metteur en scène doit connaitre la musique aussi parfaitement que moi », cette artiste de caractère quittera la scène de l’opéra quand l’emprise du metteur en scène sur les chanteurs deviendra dominante. Dès lors, elle se consacrera aux récitals et aux concerts. Plus qu’un documentaire nous faisant découvrir une prima donna exceptionnelle, Bruno Monsaingeon déclare sa flamme à une femme bouleversante qui, à plus de 80 ans aujourd’hui a miraculeusement conservé sa voix unique. Rendant aussi hommage au travail de la monteuse de son film, le réalisateur conclut son propos par « Il faut écouter les femmes ». A méditer !
Le chocolat à la Chopin
Fil rouge de l’hommage rendu aux multiples talents de George Sand tout au long de la saison, les marraines se succèdent chaque semaine. Présentée sur scène en avant-concert du soir par Sylviane Plantelin, qui fête ses 15 ans de vice-présidence du festival, Marie-Christine Clément est la marraine de ce deuxième week-end. Autrice d’ouvrages sur l’art culinaire, elle évoque sa découverte de George Sand par son œuvre littéraire, puis sa rencontre avec Christiane Sand qui lui confiera les recettes de Nohant. C’est ainsi que l’ouvrage « A la table de George Sand » qu’elle a préfacé, recense les recettes des mets servis à Nohant. Ainsi, souligne l’autrice, chacun peut « savourer le goût de Nohant » et retrouver « l’intimité des personnages prestigieux qui ont fréquenté les lieux » ; entre autres préparations, retenons celle du « fameux chocolat préparé amoureusement pour Chopin, légèrement épicé et épaissi avec de la farine d’avoine et d’orge ». Un chocolat certainement réconfortant et peut-être inspirant…
Cordes exquises
Présenté par Jean-Yves Clément, le concert du soir réunira quatre, puis cinq, puis huit jeunes femmes pour un itinéraire chambriste de haute volée. Le Quatuor Fidelio ouvre le bal avec une interprétation brillante du Quatuor en mi bémol majeur de Fanny Mendelssohn ; puis ce sera le Quintette en mi bémol majeur op. 44 de Schumann, « une musique à hauteur de vue étonnante créé en son temps avec Clara Schumann au piano devant une assemblée prodigieuse : Mendelssohn, Liszt, Wagner, Berlioz… » et dont l’interprétation ce soir-là par le Quatuor Akilone et la pianiste Eliane Reyes enthousiasme le public tout aussi connaisseur du festival. En deuxième partie, après sa sœur, Felix Mendelssohn revient en majesté avec son Octuor en mi bémol majeur op. 20 composé à 16 ans, « un éclair de génie et un exploit inégalé par aucun autre compositeur ». Autant de chefs-d’œuvre qui s’épanouissent sous l’interprétation alerte et nuancée de ces musiciennes qui partagent avec le public leur complicité et le plaisir de jouer ensemble. Les deux Quatuors ont de surcroît préparé une surprise qui réalise l’une des prédictions de George Sand qui écrit au sujet de l’œuvre de Chopin : « Un jour viendra où l’on orchestrera sa musique sans rien changer à sa partition ». Illustrant ce propos, les deux quatuors réunis interprètent un arrangement pour cordes du Prélude n° 4 op. 28 de Chopin qui va droit au cœur du public.
Retour au piano
Le dimanche, après la voix et les cordes, retour au piano avec Matouš Zukal le matin et Clément Lefebvre l’après-midi.
Comme chaque dimanche matin, Jean-Yves Clément revêt ses habits de prédicateur musical pour présenter le tremplin-découverte. Le jeune pianiste tchèque Matouš Zukal propose un programme d’envergure allant de Bach à Debussy en passant par Chopin. Le public entendra ainsi « Ich ruf zu Dir, Herr Jesu Christ » et « Wachet auf, ruft uns die Stimme », deux chorals parmi les 200 à 4 voix composés par Bach, et qui représentent l’essence éternelle de la musique, de la forme la plus simple à la symphonie, transcrits par Busoni, « qui entrelarderont deux œuvres de Chopin composées à Nohant, la Fantaisie en fa mineur op. 49, débridée, épique, guerrière, puis la sublime 4e Ballade en fa mineur op. 52 ». Puis ce seront 6 Préludes du 2e livre de Debussy, « une vraie peau de vache avec les autres compositeurs », commente Jean-Yves Clément, « mais admiratif néanmoins de Chopin dont il dira qu’il a tout inventé avec un seul instrument », et qui lui inspira ses Préludes ; ils se concluent par « Feux d’artifice » où les oreilles fines peuvent détecter le début de la Marseillaise. Ce qui autorisera le Conseiller musical et littéraire du festival à troquer sa chasuble liturgique contre l’écharpe républicaine pour conclure sa période par un « Vive la France ! » accueilli avec humour par l’assistance. La technique éprouvée et la profondeur de la musicalité de Matouš Zukal sont autant de qualités qui augurent d’un bel avenir pour le jeune pianiste. En bis, il donne « Une soirée à Vienne » de Strauss/Grünfeld.
Clément Lefebvre, le poète
Très aimé d’un public venu nombreux l’écouter, Clément Lefebvre propose, en clôture de ce deuxième week-end, une véritable immersion romantique : les 4 Ballades de Chopin, merveilleusement interprétées, notamment la 4e, la plus belle – à l’exception des trois autres – à laquelle l’artiste donne de remarquables accents symphoniques. Son programme fait aussi la part belle à deux compositeurs, Robert Schumann et Alexandre Scriabine, qui se rejoignent dans un imaginaire où le néophyte peine à évoluer sans un guide chevronné. Ambassadeur certifié des deux compositeurs, Clément Lefebvre nous en restitue le génie avec une interprétation éblouissante de la Fantaisie en do majeur op. 17 de Schumann, l’un des sommets du romantisme ; ensuite ce seront deux Impromptus op. 14 et l’extatique Fantaisie en si mineur op. 28 de Scriabine dont le pianiste met en exergue avec sensibilité et poésie, l’univers visionnaire et les couleurs. En bis, il délivre un Poème op. 32 de Scriabine suivi d’une rafraichissante pièce de Couperin.



