
13 Juin Pentecôte musicale
Arcadi Volodos – Yves Henry, Vahan Mardirossian et l’ORCW
Pentecôte musicale
Le week-end des 7 et 8 juin s’ouvrait au domaine de George Sand (Centre des monuments nationaux) la 59e édition du Nohant Festival Chopin qui propose aux mélomanes jusqu’au 23 juillet, sur le thème Chopin l’Européen, un voyage musical dans la galaxie romantique en compagnie d’artistes renommés et de jeunes pianistes talentueux.
Prodige
En avant-propos, le public se retrouve sur la place Sainte-Anne à Nohant, un hameau enchanteur et hors du temps qui jouxte la propriété de George Sand. Sous l’égide des Amis de Nohant et en partenariat avec le Nohant Festival Chopin Hors les murs, un récital va être donné par un pianiste de 11 ans, Guillaume Bénoliel, qui de surcroît vient de remporter un prix international Chopin à Szafarnia en Pologne. Sur un Pleyel de 1920, le jeune élève d’Yves Henry, le Président du Festival, délivre un Prélude de Bach, puis ce sera Chopin, avec deux Valses, l’une des Études les plus difficiles, deux Mazurkas et le 4e Scherzo, composé à Nohant. La virtuosité de ce pianiste prodige et sa maturité artistique ne manquent pas d’époustoufler le public. Sans oublier qu’il joue pour une cause soutenue par les Amis de Nohant : la restauration de deux statues de la ravissante chapelle Sainte-Anne.
Mystère
Le soir, en ouverture officielle du Festival, la Bergerie-auditorium accueille le grand pianiste Arcadi Volodos. Sa biographie est étonnante. Arcadi Volodos n’a pas suivi les étapes habituelles du pianiste concertiste. Après avoir étudié le chant, il ne s’intéressera sérieusement au piano qu’à l’âge de 16 ans. Lors de son apprentissage, il ne s’acharnera pas pendant des heures sur les gammes et les doigtés. Son répertoire et ses programmes suivront ses envies. Résultat un pianiste prodigieux qui allie à une maîtrise quasiment unique de l’instrument, des interprétations profondes, intenses et personnelles. Architecte des sons, il sculpte chaque œuvre qu’il dirige à la manière d’un chef de chant. Ce soir-là, dans un programme « tout sauf Chopin », le maestro-pianiste captive le public, l’entraînant à sa suite dans les méandres de la surprenante Sonate en la majeur n° 20 de Franz Schubert où alternent romantisme le plus exacerbé et avant-gardisme le plus déroutant. En deuxième partie, ce seront, les foisonnants états d’âme des Davidsbündlertänze de Robert Schumann. Puis pour terminer cette traversée romantique, ce sera un arrangement étincelant par le pianiste lui-même de la Rhapsodie hongroise n° 13 de Franz Liszt. Généreux, Arcadi Volodos offrira trois bis à un public admiratif, le 3e Moment musical de Schubert, l’Intermezzo n ° 1 op. 117 de Brahms et une œuvre de Mompou.
Flammes
En ce jour de Pentecôte, Jean-Yves Clément préface le tremplin-découverte en déroulant son homélie dominicale. Erudit et poète, écouté religieusement par le public, le conseiller musical et littéraire du Festival présente le programme qui sera donné par Jan Jakub Zielinski, un pianiste de 23 ans au cursus musical franco-polonais, qui a remporté en 2024 le 1er Prix du Concours international d’Ile-de-France fondé par Anne Queffélec. Après les Intermezzi op. 117 de Brahms, « Les berceuses de ma douleur, dira Brahms », ce sera Chopin avec la Polonaise Héroïque « à la fois dramatique, spectaculaire et guerrière », comme le souligne Jean-Yves Clément, rappelant que l’artiste s’est exilé en raison – déjà ! – de l’invasion russe en Pologne. Puis ce seront Quatre Mazurkas op. 24, le « journal intime de l’artiste, des œuvres évoquant le deuil, la nostalgie, sans folklore authentique, tout étant réinventé avec une seule exception : la transcription d’une bourrée berrichonne ! ». Puis ce sera un chef-d’œuvre composé à Nohant : la Sonate n° 2 dite Funèbre op. 35, « un poème de la mort et de l’humanité penchée sur ses malheurs » qui se termine par un « ruban sonore mystérieux et audacieux ». Doté du sens de l’épopée et de la dramaturgie, Jan Jakub Zielenski délivrera ce superbe programme avec une fougue toute polonaise qui séduit le public. En bis, le jeune pianiste conclura ce récital très intense avec l’Étude n° 5 op. 10 et la Valse op. 64 n° 2.
Extase
L’après-midi, l’Orchestre Royal de chambre de Wallonie, un ensemble de cordes mondialement reconnu, composé de 12 musiciens dirigés par le charismatique Vahan Mardirossian, investit la scène de l’auditorium. En avant-propos, les sonorités grinçantes de l’Adagio pour cordes de Claude Ledoux inquiètent le public. Après ce chaos musical digne des origines, le soulagement gagne la salle à l’écoute des harmonies limpides de la Symphonie pour cordes n° 5 de Félix Mendelssohn, une œuvre courte, écrite à l’âge de 12 ans, qui augure bien du génie du compositeur. Puis arrive le moment très attendu : ayant troqué son habit de Président du Festival pour celui de pianiste concertiste, Yves Henry s’installe au piano pour interpréter une œuvre iconique de Chopin composée en Pologne à l’âge de 19 ans : le 2e Concerto op. 21. Interprété avec une formation réduite, la partie pianistique sous les doigts d’Yves Henry, révèle toute sa richesse tandis qu’un dialogue complice s’instaure avec les cordes subtilement dirigées par Vahan Mardirossian. Le jeu profond et chantant du pianiste soutenu par les cordes dans le sublime Larghetto fait naître un moment de grâce extatique dans l’auditorium. A tel point qu’après la Valse op. 18 de Chopin, ce deuxième mouvement sera bissé pour le plus grand bonheur du public.
Sur ces notes empreintes des ferveurs de la prière et de l’amour se refermait ainsi le premier chapitre du Festival, en ce lieu protégé du domaine de George Sand à Nohant où des ondes bienveillantes, entretenues par Yves Henry, Sylviane Plantelin, Jean-Yves Clément et leur équipe, permettent à l’esprit et au cœur de se ressourcer au souffle de « la langue la plus parfaite » selon l’écrivaine elle-même : la musique.
A suivre les samedi 14 et dimanche 15 juin : Causerie-projection avec Bruno Monsaingeon, Récitals de piano de Rafal Blechacz, Mathis Cathignol et Lucas Debargue.






