Nelson Freire

Nelson Freire

 

C’est avec une infinie tristesse que nous avons appris ce week-end le décès de l’immense pianiste Nelson Freire. Tout a été dit sur le parcours hors du commun de ce génial artiste, enfant prodige, élève de Guiomar Novaes, ayant quitté son Brésil natal pour se former à Vienne auprès de Bruno Seidlhofer, faisant ainsi la synthèse entre la grande tradition du romantisme européen et les influences sud-américaines. Et comme il aimait à marier ces deux héritages dans ses programmes, pour le plus grand bonheur d’auditeurs des plus grandes salles du monde, subjugués par un répertoire vaste et original, par une sonorité chantante, puissante, moelleuse, veloutée, inspirée, naturelle, sans afféterie, sensible, capable des plus grands drames comme des plus spirituelles espiègleries.

Tout, aussi, a été dit sur le lien si fort et si singulier qui l’unissait à Martha Argerich depuis plus de cinquante ans, sur cette amitié élective unique, bien au-delà du clavier, où chacun conservait son identité propre, des jumeaux plus que des siamois. Mais lorsque Nelson, mal remis d’une mauvaise chute il y a deux ans, a dû renoncer en octobre à participer au jury du concours Chopin de Varsovie, Martha a voulu rester auprès de lui et s’est désistée à son tour. 

Bien sûr, Nelson était chez lui à Nohant où il était venu à de très nombreuses reprises, en juin 2000 puis en juin 2005 et 2016 et, en dernier lieu, le 8 juin 2019 pour un somptueux programme où il avait réuni Bach-Siloti, Beethoven (une merveilleuse et lumineuse Sonate au clair de lune), Paderewski et Chopin, avec en particulier une 3e Ballade poétique et spontanée, succédant à l’Impromptu en fa dièse et à plusieurs mazurkas. Chemise noire sur scène, blouson de cuir en dehors, démarche chaloupée dans la cour de la bergerie, séance de signature généreuse, souriant et heureux, tout Nelson était là : réservé, discret, humble, courtois, perfectionniste, mais aussi malicieux, affable, charismatique, sourire en coin, toujours.

Puisse-t-il alors prendre part pour l’éternité à cette danse des esprits bienheureux qu’il a si souvent interprétée en bis de ses récitals, laissant les spectateurs subjugués par la magie indicible distillée par cet incomparable poète. C’était précisément le choix qu’il avait fait pour son troisième et ultime bis ce soir-là. Un moment de grâce entre ciel et terre qui fut rapporté avec sensibilité et justesse par Martine Le Caro : « Revenant une dernière fois s’installer au piano, c’est au paradis, celui des âmes élues de l’Orphée de Gluck – mais aussi les nôtres ce soir-là – que Nelson Freire a achevé ce magnifique moment de transcendance. »

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